Terre-Papier ou Paperclay

Qu’est ce que c’est-y que cette bête là !

La terre-papier ou paperclay pour nos amis anglophone est un mélange d’argile et de fibre (papier en général mais il y a d’autres choix possible).

Pourquoi faire cela !

Afin de modifier le comportement de la dite argile dans le but de répondre à certains problèmes de séchage, collage, résistance, poids …..

Beaucoup diront que ce n’est pas de l’argile et que l’on ne fait pas de céramique avec de la terre-papier.

Certes, je ne vais jamais conseiller d’utiliser cette matière pour confectionner des assiettes ou des bols, mais elle a des qualités que l’on ne retrouve dans aucune autre pâte.

De plus la pièce après cuisson est composée entièrement d’argile et rien d’autre…. c’est donc pour moi de la céramique.

Ce n’est pas de la pâte à sel, ni de la porcelaine froide !

Pour les curieux, les intéressés et les amateurs, nous allons voir en premier lieu la composition et les caractéristiques de la terre-papier.

 

Si vous n’en avez jamais vu, voici un petit lien vers pinterest:

https://www.pinterest.fr/morioga/terre-papier-paperclay/

 

 

 

Ou une de mes pièces cuites en Raku, émail lustre de cuivre.
(J’ai aussi fait le pied en acier bleui par recuisson)

 

 

 

Je ne parlerai pas des terres-papier du commerce dont je ne connais pas la composition exact et qui sont assez chères.

Nous ferons nous même, à un coût modique, notre propre terre-papier.

Composition:

Argiles utilisées :

Les argiles du commerce conviennent très bien.

Vous pourrez utiliser votre argile habituelle, les restes de tournassage, de barbotine,…. ou acheter spécialement une argile de couleur, une porcelaine,… selon votre projet/envie/…

Les argiles qui conviennent:

· Porcelaine

· Grès

. Vitréous

· Faïence (Cela restera très fragile après cuisson)

. Naturelle (que vous trouvez dans la nature)

Bref toute !

Pour une fabrication plus aisée, si vous devez/voulez en acheter, privilégiez  une terre de coulage si vous voulez la colorer ou obtenir plus de régularité dans la qualité de votre pâte, mais terre fraiche, barbotine ou terre sèche sont utilisables.

Fibres :

Cette “armature” que nous rajoutons dans l’argile peut avoir plusieurs origines avec un comportement propre.

Celle-ci va travailler comme les armatures dans du béton.

Parmi ces matières nous pouvons utiliser:

Cellulose :

o Papier toilette (attention, les agents chimique favorisant la biodégradabilité engendrent une odeur désagréable après quelques jours. On peut ralentir cette dégradation par ajout de quelques gouttes de chlore).

o Journaux (pas trop de photos imprimés si possible, ça pue aussi… pas les photos, mais la préparation finale !).

Ne pas utiliser de papier glacé ni de papier “essuie-tout”

· Fibre de verre  (Attention toxique)


Fibre PAN :

o A base de polypropylène ou polyacrylonitrile (PAN).

Les fibres mesurent entre 3 et 24 mm. Utilisée pour armer les mortiers de ciment.  On les trouve en magasin de bricolage et pro bâtiment.


Fibres naturelle:

o Coton cardé, kapok, chanvre, lin,…


Etc…

Caractéristiques / avantages & inconvénients :

· La pièce reste plus ou moins poreuse en fonction de sa nature, du dosage des fibres et de sa température de cuisson.

Dans le commerce, on nous vend des terres-papier dosé à 3%.

On parle de matière sèche.

Cela signifie qu’il y a 3% de cellulose sèche par rapport à la terre sèche.

En dessous de 1%, il n’y a aucun avantage et au delà de 5% on a beaucoup d’inconvénients.

Mais entre les deux il y a divers usages possible:

. coulage

. modelage

. estampage

. fabrication de matériaux isolants !

Nous verrons cela plus tard…

· L’usage sera NON alimentaire (sauf exception après un émaillage non tressaillé, à vérifier après essai).

· En crue, le tesson est plus solide

· En biscuit la pièce est moins solide

· La pièce est plus légère

· Supporte bien le choc thermique (cuisson en Raku possible)

· Ajout d’armature métallique et/ou bois est possible

· Faible retrait (< 2,5% au séchage)

·  Le façonnage de pièces massives (non creusées) est possible.

· Séchage accéléré réalisable sans fissuration.

· Comportement au collage modifié :

Contrairement à l’argile sans fibre, nous pouvons faire des collages

o Cru sur tesson complètement sec

o Sec sur sec

o Sur biscuit et terre grésée faire des tests suivant matériaux et cuisson mais reste possible.

On ne pourra pas rajouter une anse ou une partie de la pièce devant subir des contraintes mécaniques.

Le collage se fait à la barbotine papier de même nature que les pièces à coller.

Coloration

La terre de coulage, sèche peut se colorer comme les engobes.

On utilise des colorants de masse ou des oxydes classiques (cobalt, chrome, fer, manganèse,…).

Utilisations :

· En feuille (il est possible de faire des feuilles de 1 mm d’épaisseur, voir moins, que l’on peut découper aux ciseaux)

· En barbotine pour coulage, décoration, fils,…

· En pâte estampage, colombins; (le tournage est difficilement possible, la fibre “accrochant les doigts”).

· En modelage (terrain de prédilection de la TP).

On peut faire des pièces épaisses qui resteront “légères” après cuisson.

Le séchage est grandement facilité. La fibre agissant comme une “mèche”.

 

On peut incorporer des matières solides qui créerai des fissures dans une argile non papier.

L’ajout d’armature en fil de fer ou en armature d’acier voir de bois, l’estampage sur une forme solide jusqu’au séchage, … tout cela est possible.

 

Il n’y aura pas de grosse fissuration mais éventuellement un réseau de microfissuration qui sera facilement masqué après séchage.

Cuisson

La cuisson ne va apporter qu’une solidité relative à l’objet.

En effet, lors de la cuisson les fibres brulent et laisse des vides à leurs places.

Ceci expliquant la légèreté des pièces et leurs propensions à la déformation en haute température.

L’usage étant essentiellement destiné à la réalisation d’œuvre décorative, voir d’Art, cela n’a donc qu’une importance relative.

  • Cependant il est possible de vitrifier une terre papier porcelaine ou grès mais les déformations peuvent être importantes – la résistance de la pièce finale sera quand même importante.

Tentez de rester en deçà de 1240 °C sauf à vouloir des déformations de la terre par son propre poids.

Dans ce cas, en cas d’émaillage, pensez à régler les émaux en conséquence.

 

Si vous désirez des porcelaines-papier translucides, il faudra quand même monter en température de vitrification complète.
Dans ce cas, il faudra anticiper les déformations (cuisson sur support adapté, renfort dans la pièce,…)

 

En paperclay faïence, il n’est pas utile de dépasser 1000°C pour une pièce non émaillée, toutefois je déconseille la faïence pour des pièces de faible épaisseur car très fragile après cuisson.

 

Cuisson Raku, comme pour toute pièce Raku l’épaisseur doit être constante sur l’ensemble de la pièce, mais peut très bien être très fine. Une pièce très fine en Raku laisse passer l’enfumage à travers son épaisseur. Celui-ci pourra alors se faire par la face opposée à l’émail et donc changer considérablement l’aspect !

La terre n’étant pas vitrifiée, la pièce reste très fragile comme en faïence.

 

Il est aussi possible de ne pas cuire la pièce …. Mais là ce n’est plus de la céramique.

Donc je ne vous dirai pas non plus que l’on peut peindre à l’acrylique….

 

Cet article est une première approche vers cette matière aux caractéristiques étonnantes qui vaut le coup d’être étudiée, manipulée, expérimentée et peut-être …adorée !

 

À suivre prochainement…

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